Une patronne, mais c’est tout : pourquoi le tennis féminin tarde à reprendre son envol

  • décembre 2, 2022

Qui succédera à la reine Serena pour redonner du souffle au tennis féminin ? Depuis quelques années et le lent déclin de l’Américaine, la question a des allures de serpent de mer. Naomi Osaka a d’abord toqué sérieusement à la porte avec deux doublés US Open – Open d’Australie en 2018-2019 et 2020-2021. Puis Ashleigh Barty a semblé en mesure de reprendre le flambeau après une saison 2021 accomplie, un départ idéal en 2022 à Melbourne avant une retraite inattendue. Et c’est finalement Iga Swiatek qui a répondu à la question dans le sillage d’une année exceptionnelle notamment marquée par deux sacres du Grand Chelem (Roland-Garros et US Open, ses 2e et 3e personnels) et 8 titres en tout.

Mais c’est surtout sa folle série de 37 victoires qui a marqué les esprits, rappelant justement le rythme de cannibale qui était l’apanage de Serena Williams, ces dernières années. Victime d’un flou artistique qui lui avait fait forcément perdre de l’intérêt depuis grosso modo 2017 (date du dernier triomphe majeur de l’Américaine), le circuit WTA s’est donc à nouveau trouvé une patronne, aussi incontestable dans l’impression dégagée sur le court que dans les chiffres. A la fin de cette saison 2022, il y a plus d’écart de points entre Iga Swiatek et sa dauphine Ons Jabeur qu’entre la Tunisienne et la dernière joueuse classée. Et c’est bien là que se niche le nouveau problème pour ainsi dire.

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Pour rendre le tennis féminin attractif, il faut des rivalités

« Pour rendre le tennis féminin attractif, il faut des rivalités, note notre consultante Camille Pin. Si une fille gagne tout, on peut vite s’ennuyer, s’il y en a deux-trois qui se partagent le gâteau, ça devient plus sympa. Il y a eu un mauvais concours de circonstances aussi cette année : l’arrêt d’Ashleigh Barty qui était numéro 1 mondiale. Il y aurait certainement eu un bon duel entre elle et Swiatek avec deux filles assez sympas aux jeux assez différents, avec la tête sur les épaules, ce qui aurait donné une bonne image au tennis féminin. C’est dommage qu’Osaka ne soit plus dans le coup, avec son tennis puncheur un peu à la Serena. Les choses auraient pu mieux tourner et on reste sur notre faim. Ce n’est pas comme s’il n’y avait rien. »

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Force est néanmoins de constater qu’il n’est pas évident pour le grand public de citer de tête les joueuses qui forment l’actuel Top 10. Une fois Swiatek, Ons Jabeur, pionnière pour le monde arabe, voire la jeune prodige américaine Cori Gauff mentionnées, le reste du plateau n’a pas encore marqué les esprits. A l’exception peut-être d’une Caroline Garcia remise sous les feux des projecteurs par sa seconde partie de saison fulgurante et sa victoire au Masters.

Le circuit féminin souffrirait-il d’un creux générationnel ? Le problème est vraisemblablement plus complexe. Car les championnes au potentiel certain et aux personnalités affirmées ont essaimé depuis cinq ans. De Garbine Muguruza, numéro 1 mondiale à l’automne 2017, à la comète Emma Raducanu lors de l’US Open 2021, en passant par les Bianca Andreescu et autres Naomi Osaka déjà mentionnée plus haut, l’éventail est plutôt riche et varié tennistiquement. Reste que la régularité manque, indubitablement. Et surtout sur le plan mental, ce qui constitue peut-être un marqueur générationnel.

Des personnalités et des talents, mais des failles mentales

« Il y a eu une sorte d’âge d’or du tennis féminin au tournant des années 1990 et 2000 avec les Belges Justine Henin, Kim Clijsters, les sœurs Williams et Amélie Mauresmo. J’entendais même à l’époque les gens dire à Roland qu’ils préféraient voir les filles aux mecs. C’était avant les Federer, Nadal et Compagnie. Et pourquoi ça ? Parce que ces joueuses étaient sans doute hors normes mentalement, plus que la génération actuelle. Mais elles géraient mieux l’attente des gens aussi parce que les temps ont changé : la nouvelle ère des réseaux sociaux avec une communication totalement différente, ça les fatigue beaucoup plus« , considère Camille Pin.

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Et notre consultante de préciser : « Je connais des coachs qui entraînent des jeunes et me disent qu’à peine sorties de l’entraînement, elles postent des trucs. Elles laissent beaucoup d’énergie là-dedans. A l’époque des Henin et des Sharapova, elles avaient quelqu’un pour gérer la presse et elles étaient juste concentrées sur leur préparation. C’est comme si les nouvelles championnes avaient un deuxième boulot à côté : la com’. Et il implique de prendre parti sur l’actualité, comme Osaka et le mouvement ‘Black Lives Matter’. A un moment, il faut être complètement engagée dans son travail pour être régulière. Peut-être qu’Osaka a eu trop de choses à gérer d’un coup. »

Il est d’ailleurs intéressant de noter que ces jeunes championnes manquent aussi de stabilité dans leur entourage. Osaka, désormais 42e mondiale, s’est ainsi séparée de son coach Wim Fissette l’été dernier, tandis que Bianca Andreescu (45e) vient d’engager Christophe Lambert à la place de Sven Groeneveld. Mais la palme dans ce domaine revient à Emma Raducanu qui a été accompagnée par trois entraîneurs successifs cette année, Dmitry Tursunov étant le dernier congédié en date.

Swiatek, Garcia, Gauff, Osaka, Raducanu… Un Top 10 de rêve à l’avenir ?

La Britannique illustre aussi malgré elle le danger de cette ère de la communication. Devenue une véritable star grâce à son exploit à Flushing Meadows – son joli minois ne gâchant rien pour les grandes marques -, elle a aussi connu une saison 2022 difficile. Alors que les contrats avec les sponsors ont afflué, les résultats n’ont pas vraiment suivi. Alors les critiques ont été aussi acerbes que les attentes démesurées à son égard. Et ce même s’il s’agissait de sa première année complète sur le circuit seulement, à 20 ans.

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A un moment dans le Top 10, Raducanu pointe désormais à la 75e place : rien d’alarmant quand on sait qu’elle était 150e avant son aventure new-yorkaise. Tout l’enjeu pour la Britannique et les autres sera de trouver davantage de stabilité mentale pour s’installer progressivement au sommet de la hiérarchie. Il ne serait alors pas surprenant de voir des rivalités passionnantes émerger. Certains matches comme le 8e de finale de l’Open d’Australie 2021 entre Osaka et Muguruza en ont d’ailleurs donné un bel aperçu.

« Ce n’est pas grave d’être émotive, Amélie Mauresmo l’était et elle a été numéro 1 mondiale avec deux titres du Grand Chelem, insiste enfin Camille Pin. Ce n’est pas un frein si on arrive à gérer ses émotions. Et je suis sûr que ces filles peuvent trouver des moyens de rester qui elles sont et d’être Top 10. Si dans ce cercle fermé, on garde Iga Swiatek, Caro Garcia, Cori Gauff, Ons Jabeur et son jeu super varié, et on y ajoute les Raducanu, Muguruza, Osaka et Andreescu, ce serait le rêve. »

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Source Eurosport

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